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26 mai 2006 5 26 /05 /mai /2006 17:00

Lilly BAUER , née KLEIN , le 16 Février 1904, à Budapest , Hongroise, recensée à la WOL de Remaucourt le 1/1/43 et le 1/1/44. Arrêtée et fusillée en même temps que Robert PAL .

Robert et Lilly figurent sur le monument à Tournes , Lilly sous le nom de Lilly PAL , et Robert figure sur le monument de la Résistance à Berthaucourt.

Robert et Lilly ont été inhumés au cimetière de Tournes . La commune entretient leurs tombes , dans le carré des fusillés , sous une grande croix de Lorraine en bois .

Mme Dereims dit : « Mr et Mme PAL ,c’étaient des bonnes gens , oui , je le revois encore Mr PAL , il était hardi. Le jour de la rafle ils se sont sauvés dans le bois d’Herbigny, puis ils ont été rattrapés et fusillés , ils sont sur un monument . »

Mme Hastir ,de Remaucourt : « Il y avait un pharmacien avec sa femme qu’étaient à Doumely. Fritz allait les ravitailler en douce , mais ils ont été pris . Ils ont été fusillés. »

Précisons que les 13 otages de Tournes ont été fusillés en représailles d’une action de la résistance : le 27 Août , des résistants renseignés par le réseau de madame Marie-Hélène Cardot , ont détruit 13 autocars afin d’empêcher l’envoi de prisonniers français en déportation . L'action est menée par Marco (Jean Makowski) sur ordre du commandant fournier (André Point) .(Ardenne Tiens Ferme n°103 -1985)

Ceci nous amène à poser la question de la résistance : s’il est certain que pendant 2 ans pour l’un et 6 mois pour les deux autres , ils ont pu compter sur l’aide de résistants pour se nourrir et se cacher , ont-ils eux-mêmes participé ?

Nous le supposons pour Robert PAL , car son nom est inscrit au mémorial de la Résistance des Ardennes , à Berthaucourt.

Sur cette question : des travailleurs juifs de la WOL ont-ils rejoint la résistance ? nous ne pouvons citer à ce jour que le cas de Kiwa PRAJS , sauvé par Lucie Laroche-Ficher et Melle Dutus à Wadelincourt.Il a rejoint la résistance dans le Jura ,où il faisait passer des aviateurs anglais en Suisse.


J/ Le rôle des ardennais et des allemands anti-nazis, les survivants.
Il apparaît que sur les 683 personnes concernées , plus de la moitié n’ont pas été déportées.

Les raisons sont diverses : évasions, déplacements produisant fortuitement le sauvetage …On note aussi la fuite au moment de la rafle , prévenus par les villageois ou même par certains chefs de culture ou leurs adjoints , comme « le Fritz » de Remaucourt .

Mme Hastir dit de lui : « Fritz c’était un allemand , mais il était pas allemand : sa grand-mère était Française .Il a tout fait pour les Français : il y en avait du côté de Doumely par là , il leur a dit de ne pas se rendre à la ferme (le jour de la rafle ). »

Mme Dereims confirme : « Il leur a dit à tous  : vous pouvez vous sauver si vous voulez , mais il y en a qui n’ont pas voulu. »

Et la concernant : « J’ai caché des Juifs de Paris , Einhorn.  Ils faisaient la couture , ils avaient un fils de 18 ans.. On a fait revenir leur nièce de Paris parce que les Allemands avaient pris toute la famille, mais elle s’a cachée .Elle s’appelle Suzanne Basch , elle est devenue ma

belle-sœur. On l’avait emmenée chez mon père , à Lalobbe .Il a dit : il faut lui enlever ce machin-là…. , en parlant de l’étoile . Et il disait : c’est ma petite-fille de Vouziers...

On était hardi , on les a emmenés à St-Loup-en-Champagne. Mais ils ne pouvaient pas rester , on les a ramenés. On les a reconduits à la gare de Wasigny , c’étaient des Hongrois , très

gentils .Après la guerre , j’ai jamais eu de nouvelles .J’avais 3 gamines , j’aurais pu partir en Allemagne , on pensait pas à tout ça. »

Serge Jelen , concernant son père Icek , travailleur forcé à Frénois :

« Abram ça n’a été son prénom qu’à Sedan, où le chef allemand l‘appelait Abram der Graf von Palestine , lui qui en était si loin, Abram le comte de Palestine ! Le chef de culture était un homme qu ‘il aimait je crois , en tout cas , il lui doit la vie , et ce monsieur après la guerre

s 'est installé en région parisienne , je ne me souviens plus de son nom, mais , s ‘il a des enfants , j aimerais bien les voir . »

Aux Deux-Villes , le chef de culture a prévenu les enfants Lorenter .

Celui de Balaives a donné des conseils de fuite.

Celui de Forest a feint d' ignorer la présence d'Hélène après la rafle.

Celui de Tétaigne,Setter ,d'après une survivante, « était brave .Ils l'ont envoyé en Russie , car il aimait les Juifs; une Polonaise l'a dénoncé : Chef lieben Juden. »

Mr Dion : « Il avait un sac couvert de poils , il l'a levé et nous a dit au revoir. Il a été blessé d'un coup de baïonnette en Russie mais il s'en est tiré. Il est revenu à Tétaigne vers 1960-65.Il a fait la fête avec le village , on lui a payé le champagne. »

D'autres restent à découvrir.

Principalement pour les enfants ,c’est aussi le sauvetage par les villageois , le processus des enfants cachés.

Comment ne pas parler de Mme Quatreville postière à Beaumont-en-Argonne ,qui cacha dans une cave la petite Charlotte Rozenzwzeig, âgée de 12 ans ,et la garda plusieurs mois jusqu’au retour de son père, sauvé lui aussi grâce à elle?

Mme Tarradou est la seule survivante vivant aujourd’hui dans le département des Ardennes .Elle dit : « Aussitôt la rafle , ma nourrice m’a dit : tu ne vas plus aller à l’école. Puis j’y suis retournée au bout d’un moment. Un jour les gendarmes sont venus et ont demandé après une petite Juive , qui était encore là. Le maire leur a dit :oui , elle est là , mais vous n’y toucherez pas . Si vous y touchez , vous ne verrez pas la fin de la guerre. Ils sont repartis. Le chef de culture savait que j’étais là , il n’a jamais cherché d’histoires. 

Sauf ce jour-là , et jusqu’à ce jour (9 Août 2004), jamais le mot juive n’a été prononcé pour parler de moi , jamais , jamais un mot. »

Il faut noter que sa nourrice l’a gardée jusqu’en Juillet 1946 ! Ensuite , sa famille et l’O.S.E. (Organisation Sociale des Enfants) l’ont prise en charge , jusqu’à son retour à Forest pour son mariage.

Parlons de Mme Choisy , secrétaire de mairie à Remaucourt. Elle remplaçait Mr Douzamy , lui-même emprisonné par la Gestapo à Rethel , sur dénonciation , pour avoir établi des faux-papiers. Mme Choisy en fait aussi , pour des Juifs , et pour un aviateur anglais .

« Les Juifs , je leur ai fait des faux-papiers pour eux repartir : un jour , ils m’ont envoyé une boîte de parfum. J’étais pas trop fière quand on m’a demandé de faire ça . »

Il faut rendre hommage à tous les Ardennais , nombreux , et aux Allemands anti-nazis qui ont aidé ces personnes.

Mr Mennessier du Radois dit :

« Ma sœur avait caché une Juive , en évasion , qui ne savait pas trop où aller. Pour circuler elle lui avait fait une gerbe comme si elle allait à un enterrement .Elle avait fait partir sur Reims , dans le camion du Goulet , des aviateurs qui étaient cachés dans l’église. Il y en avait des collaborateurs , mais c’était vraiment minime . »

(NDLR : « Le Goulet » désigne l'entreprise d'épicerie Goulet-Turpin, ayant de nombreuses petites succursales et des camionnettes faisant des tournées dans la région.)

On constate au fil des visites dans les villages , à travers les témoignages , un nombre impressionnant et tout à fait admirable de faits de résistance courageux en faveur des Juifs : fréquentation amicale, soutien moral, ravitaillement, renseignement , fausses déclarations , faux-papiers, transport , aide à la fuite et au passage de la ligne, caches clandestines, enfants cachés.

Tous ces actes interdits , du plus modeste jusqu’à celui valant la peine de mort , ont été , de la part de nombreux Ardennais, qu’ils soient cultivateurs , gendarmes , secrétaires de mairie, instituteurs, maires etc…un grand réconfort pour toutes ces personnes et ont contribué à mettre en échec les intentions nazies.

L'avancée des recherches a permis d'établir une liste, qui ne cesse de s'allonger , de personnes ayant sauvé des Juifs . Il est impossible de les citer toutes ici. Elles feront donc l'objet d'une brochure à part .

Il faut souligner aussi l’unanimité des témoignages prouvant que l’entraide était réciproque : de part leurs métiers , nombre de personnes juives ont ressemelé des souliers , raccourci ou « arrangé » et même cousu des vêtements, soigné des dents, des blessures, des maladies , et - chose incroyable- fait du petit commerce de contrebande belge ! Tous ces services étaient très précieux en ces temps de pénurie sévère.

Un seul témoignage à ce jour rend compte d’attitudes différentes envers les Juifs :

« Il y a eu pendant un certain temps dans la maison voisine à la nôtre une famille juive déportée. Mes grands-parents n’ont jamais fait de mal à un Juif mais sa présence ne les a pas enthousiasmés . Bien que je ne me rappelle pas qu’on m’ait dit du mal de ces Juifs , j’ai bien compris qu’il était plus prudent de ne pas trop s’en approcher.(Je me rappelle avoir entendu dire que c’était eux qui possédaient la finance , les commerces …) Je reconnais que beaucoup de non-Juifs ont à être fiers de leur comportement mais il y avait quand même chez les « braves gens » une certaine réticence à leur fréquentation. Ne pensez-vous pas que vos témoins enjolivent les choses ? »

Nous pouvons certifier que ce n'est pas le cas , les familles juives retrouvées ayant toutes , à ce jour , confirmé les témoignages qui leur étaient soumis .

Il faut noter que ce témoin était parisien, en vacances dans les Ardennes . Il cite lui-même les clichés sur les Juifs , inconnus des Ardennais qui déclarent : « à l'époque , on ne savait pas ce que c'était , être Juif. ».

Terminons par un passage de l’article publié le 11 Avril 1945 dans l’ Ardennais, par Mr Adolphe Rosenberg :  « …pour remercier de tout cœur les habitants de Poix-Terron et des environs qui , au péril de leur vie ,ont réconforté, aidé et sauvé des malheureux israélites déportés dans leur région par la Gestapo…Les conditions de vie étaient abominables :

nourriture infecte , coups , injures , etc…Heureusement pour nous , les habitants du village et des environs nous aidèrent de leur mieux et , malgré les menaces des policiers de Hitler , firent tout ce qui était en leur possible pour nous assister et nous sauver de la misère physique et morale à laquelle nous vouaient nos persécuteurs. Pour moi , je garde un souvenir attendri et reconnaissant à Mr Aimé Massiaux, de la coopérative agricole ,Mr l’abbé Jean-Marie Leroux et sa sœur , qui sauvèrent la vie à ma fille en lui fournissant des faux-papiers et en la soignant au mieux. Merci aussi à Mr Jacques , fermier à la Crête-Mouton, qui au risque des plus grands dangers , a sauvé mon fils d’une mort presque certaine…..

Je n’ai garde d’oublier Mr Prim , de la ferme de Géraumont à Baâlons, sa fille Mme Desglisières , qui , malgré la terreur nazie , m’ont caché et soigné comme un frère .

Je n’oublierai jamais la scène bouleversante qui s’est passée à Poix-Terron le dimanche qui a suivi la libération .Depuis la veille, l’allemand avait fui et les habitants sortaient de la messe lorsque quelques israélites , sauvés par eux, arrivèrent sur la place de la mairie . Ce fut une embrassade générale , des cris de : Vive la France !. Le maire , le curé , les gendarmes , tout le monde était là et un grand souffle de fraternité passait sur la foule , sans distinction d’opinion et de religion .Tout le monde fêtait la liberté retrouvée et communiait dans le même amour de la France éternelle! »

Ces sentiments envers la France se retrouvent chez Icek Jelen , travailleur forcé à la WOL à Wadelincourt et à Frénois.Son fils Serge , aujourd’hui en Israël dit :

« Mon père , un petit homme timide aux yeux bleus , toujours vêtu de son chapeau , son manteau et son écharpe , jusqu’à la fin de ses jours .Ils les gardaient même à table , de peur ...que les Allemands ne soient à la porte... !

Que quelqu’un daigne s'intéresser à l ‘humble personne que fut mon père , admirateur inconditionnel de la France , cette France où il a tout perdu , mais qu’ il aimait tant, me retourne profondément.

Mon papa ,cet amoureux de la France, est décédé sans nationalité , lui qui a tenu à ce que j ‘accomplisse mes obligations militaires , lesquelles par ironie du sort eurent lieu en Allemagne. »

Aujourd’hui est venu le temps de la mémoire : celle des Juifs de la W.O.L. est indissolublement liée à celle des villageois et des Allemands anti-nazis qui les ont aidés.

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