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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 20:39

Au début des années 1950, les anciens déportés et les familles des déportés qui n'avaient pas survécu à la déportation ont exprimé le souhait de voir inscrite au calendrier des commémorations une célébration nationale destinée à préserver la mémoire de la déportation.
 Ce besoin de préserver la mémoire de la déportation a été reconnu par la loi du 14 avril 1954, votée à l'unanimité par le Parlement, qui a consacré le dernier dimanche d'avril « Journée nationale du Souvenir des victimes et héros de la déportation », au cours de laquelle la nation honore la mémoire de tous les déportés sans distinction, et rend hommage à leur sacrifice. Le dernier dimanche d'avril a été retenu en raison de sa proximité avec la date anniversaire de la libération de la plupart des camps, et aussi parce que cette date ne se confondait avec aucune autre célébration nationale ou religieuse existante.

Cette année, à Rethel, il semble que la cérémonie ne se soit pas déroulée dans toute la rigueur voulue et dans le recueillement nécessaire à ce genre de manifestation, comme on peut le lire dans L'Ardennais du 27 avril sous le titre "Cérémonie du 25 avril, mélange des genres". Où il se révèle difficile, voire impossible, de faire coexister, simultanément, les temps festifs et commémoratifs dans la cité.

  Martine Lucan et Emmanuelle Sammut, élues de gauche au conseil municipal de Rethel, ont souhaité s'exprimer sur le déroulement de la cérémonie du dimanche 25 avril dernier, en mémoire des Martyrs de la déportation et de la famille Cyminski.
« 10 h 15, le 25 avril, à Rethel, en ce jour de souvenir des déportés : c'est au pas de charge, rythme qui en étonne plus d'un d'ailleurs, que l'on rejoint le monument aux morts pour y déposer les gerbes de fleurs avant de gagner la place de Caen, afin de se recueillir devant la plaque déposée en souvenir de la petite Hélène Cyminski.
Mais c'est aussi sur cette place que se tient la foire au boudin blanc dont l'inauguration doit suivre cette cérémonie du souvenir. Vous pensez que la traversée de la foire sera évitée ? Pas du tout ! Fanfare, défilé, tout ce petit monde, aux sons des flonflons de la fête, remonte la place, longe les étals de saucissons, passe devant l'orchestre prêt à jouer, pour s'arrêter face à la maison Cyminski et s'y prêter à un protocole des plus approximatifs.
Matin du 25 avril, jour dédié aux Martyrs de la déportation, c'est dans la France entière l'instant du recueillement, du souvenir de ce que fut le génocide perpétré par les nazis. C'est le jour où l'on se doit, dans la dignité, d'honorer toutes les victimes de ce génocide organisé et de commémorer le souvenir de cette petite fille rethéloise qui fut gazée simplement parce qu'elle était juive.
Pour qu'à l'avenir, toute sa dignité soit rendue à cette cérémonie, voici quelques suggestions toutes simples : ne plus mêler fête du boudin et souvenir, en séparant les invitations ; changer l'itinéraire du défilé ; demander aux organisateurs de la foire de faire arrêter les manèges pendant le temps nécessaire au recueillement ».
 
 

Cet article a fait réagir au sein de l’AFMD, qui avait délégué un représentant à cette cérémonie de Rethel. Ainsi, C.Dollard-Leplomb, présidente de l’association, précise-t-elle la position de l’AFMD en cette affaire :

    Non seulement Hélène a été gazée du seul fait d'être née, mais elle n'a toujours pas d'acte de décès à l'état-civil : pour ce faire, il faut attendre que le journal officiel publie l'arrêté permettant qu'y soit  transcrite la mention "mort en déportation". Ainsi, jusque dans la mort, sa personne est niée.

 Quinze minutes par an, le temps d'une cérémonie, on rappelle le crime contre l'Humanité, qui est un crime contre chacun d'entre nous, contre nos enfants, et tous ceux à venir.

Cela ne réclame-t-il pas un instant solennel de recueillement, et de rappel des faits sans lequel aucune mémoire, ni aucun engagement ne sont possibles ?

"Puisque les morts ne peuvent plus se taire, est-ce aux vivants de garder leur silence ? " (Jean Tardieu, L'honneur des poètes

 

Comme chacun des 11 400 enfants Juifs déportés de France, Hélène nous manque, parce que nous ne saurons jamais ce qu'elle aurait pu devenir : un grand médecin, un chercheur, découvreur de remèdes que nous attendons tous, ou une artiste, qui soigne ou embellit les âmes et les coeurs, pourquoi pas une élue dévouée au bien commun... mais aussi et surtout, une jeune fille puis  une femme que nous aurions appréciée, admirée, aimée ... celle que nous devinons dans les photos qui nous restent d'elle.

 

La plaque commémorative, place de Caen, portant les noms d'Hélène et de ses parents, leur tient lieu de sépulture, puisque leurs cendres ont été jetées sur le sol du camp, dans l'intention d’éliminer toute trace : en inscrivant leurs noms dans ses murs, la ville de Rethel leur a rendu leur place d'êtres humains. C'est tout à son honneur.

Elle a ainsi rendu vaine la tentative nazie de les déclarer à jamais Untermenschen » ( « sous-hommes ») , « Stück « (« objets ») et de les faire disparaître : que cela aussi soit rappelé chaque année, avec toute la solennité nécessaire.

 

 

 

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