Recherche historique, entretien et transmission de la mémoire de la Déportation et de l’Internement dans les Ardennes

Cette photo, je suis bien contente de l'avoir prise.
En la redécouvrant, je ris, comme j'ai ri ce jour-là à la boutade qui a certainement suivi, que tes yeux annoncent déjà sur ce cliché. Tu as ton air « entendu », celui qui dit tout sans paroles. J'y vois de l'amusement et du défi, de la confiance et de l'interrogation, de la moquerie et de la tendresse. J'y vois le gamin que tu as été, sans doute.
J'y vois surtout la volonté, l'opiniâtreté, le courage, la clairvoyance, la simplicité, la franchise, la bienveillance, le sens de l'humour qui t'habitaient, même si tu gardais toujours farouchement ton espace personnel, ce libre arbitre auquel tu tenais par-dessus tout : il t'a sûrement permis, et ce, jusqu'à tes derniers jours, de ne jamais te lasser d'aller vers les autres, d'aborder les inconnus, de te frotter souvent à eux, éternel Don Quichotte pourfendeur de tous ceux qui ne respectaient pas l'être humain.
Chez les autres, par-delà des clivages d'âge, d'origine, de milieu, de partis, tu savais trouver en chacun les valeurs universelles pour lesquelles ils pouvaient se réunir. Tu le faisais sans angélisme et sans soumission.
Parmi tous les souvenirs de tes récits, je garde pour toujours ta réponse au fonctionnaire de Vichy te demandant : « Quelle est votre race ? », à qui tu as répondu : « Humaine ».
Ils ne sont pas si nombreux ceux, comme toi, que la vie m'a donné la chance de connaître, qui m'ont donné l'envie de continuer, de me relever après chaque chute, de continuer à croire en l'Humanité.
Merci pour tout.
Au revoir, Jacques.
Christine